J’aime beaucoup la phrase de Bergson : « L’univers est une machine à fabriquer des dieux ». Bergson est un philosophe que je ne connais pas (enfin comme tout le monde, je sais qu’il a un jour pondu un truc sur le rire). Donc cette phrase je ne sais absolument pas ce qu’elle veut dire dans le contexte de l’œuvre où elle se trouve. Mais quand j’y réfléchis j’ai l’impression qu’on peut y trouver au moins deux sens.

Le premier sens serait feuerbachien (je ne sais pas si ça existe comme terme). L’idée principale de Feuerbach est que ce n’est pas Dieu qui a fait l’homme à son image mais que les hommes ont fait les dieux à leur image. Ils ont pris les qualités et les pouvoirs humains concrets et les ont portés à une grandeur inconnue de l’homme et totalement abstraite, l’infini (Marx parlerai d’une dialectique qui marche sur la tête). La phrase de Bergson voudrait dire que l’étape ultime de la matière, le produit final de la machine-univers produit à son tour l’idée de Dieu, ce qui fait de Dieu le dernier produit de cette grande machine.

L’autre sens serait plus littéral : le but de l’univers est de produire la vie et dans un développement futur les créatures les plus abouties seront des dieux. On peut imaginer que l’évolution qu’elle soit darwinienne ou plus certainement technologique et génétique fera des hommes des êtres dotés de pouvoir divins (peut-être même l’immortalité).

A bien y réfléchir, je vois peut-être une troisième explication : la conscience de soi. Qui sommes-nous ? Nous sommes des atomes créés dès le début de l’univers. Ces atomes se sont combinés des milliards de fois avec d’autres pour former des structures de plus en plus complexes. Et dans certaines conditions, ici dans notre coin de galaxie (mais peut-être dans d’autres coins d’autres galaxies), est apparu la vie. Elle aussi s’est complexifiée et avec elle s’est complexifiée la pensée. Elle est passée de simple reflexe à l’instinct puis à la conscience et enfin à la conscience de soi. Avec l’homme, le processus arrive à son aboutissement, après avoir pris conscience de lui-même, l’homme s’interroge sur l’univers. L’homme, fragment matériel de cet univers cherche à comprendre le tout dont il fait partie. L’univers s’interroge sur lui-même. L’homme est le développement final de l’univers qui cherche à perdre conscience de lui-même. Nous sommes les organes réflexifs d’un univers-Dieu. Nous sommes le « connait-toi toi-même » de Dieu.