Ce soir, j’ai un peu envie de m’en prendre à Platon. Je ne l’aime pas beaucoup ce Platon. Pour moi, Platon c’est le prototype du fayot, toujours au premier rang, qui se retourne pour faire « shuuuuttt » à ceux qui bavardent derrière lui, qui prend en notes le moindre son qui sort de la bouche de Socrate même si c’est un petit rototo ou un raclement de gorge. Toujours prêt à opiner du bonnet à la moindre affirmation du maître, toujours prêt à dénoncer ceux qui philosophent de travers et toujours prêt à cirer les bonnes sandales. Bref, Platon c’est un gros lèche-cul ! (Mais le jour de la mort de Socrate, ben, le Platon s’était fait porter malade !)

Et puis, alors qu’une certaine philosophie commençait à œuvrer pour se colleter à la réalité des choses par l’étude de la nature avec comme outil la rationalité, notre brave Platon, lui veut qu’elle se prosterne devant un monde imaginaire (l’immobilité éternelle des idées transcendantes…quelle blague !). Alors que la philosophie prenait le chemin de la science, Platon la place sur le chemin de la religion. Ce qui va nous valoir des siècles de confrontations entre les tenants de la réalité et les tenants des idées imaginaires… un beau bordel !

Mais surtout, ce beau parleur de Platon a énoncé deux idées qui ont bien pourri les rapports humains et surtout amoureux dans notre monde occidental : l’âme sœur et l’identité du beau et du bien.
Pour l’âme sœur l’idée de départ est si absurde qu’elle en devient baroque. A l’origine, les être humain avaient quatre bras, quatre jambes, une tête à deux visages (pour aller faire ses courses, j’hésite entre « c’est super bien pour porter les sacs » et « ça doit être l’enfer si un des deux veut aller au rayon laitage et que l’autre veut aller au rayon charcuterie »). Puis les dieux, pensant que ce mille-pattes humain pouvait leur poser des problèmes, décidèrent de le couper en deux et de condamner chaque moitié à chercher son autre moitié. A une époque, où certain parlaient déjà d’atomes, Platon me semble enclin à gober n’importe quoi ! Cette idée me déplait parce qu’elle semble romantique aux gens mais qu’en fait elle ne l’est absolument pas. C’est une idée qui a inculqué aux esprits (notamment ceux des femmes) qu’on ne peut être un être à part entière seul. Que l’on ne peut se réaliser, vivre une vie épanouie et pleine que si on est réuni avec sa moitié. Les féministes auraient du brûler cette idée avec leurs soutien-gorge. Plus encore, ce mythe incite, même inconsciemment, à penser que la fusion rétablira une pureté et un bonheur originel. La fusion est mortifère dans un couple alors que l’harmonie des différences et des oppositions me semble bien préférable.
La deuxième idée est encore pire. L’identité du beau et du bien est une idée typiquement grecque. Ce qui est beau est moralement bien. Pourquoi pensent-vous qu’ils se soient tellement emmerdés à fréquenter les gymnases si ce n’est pour que leurs corps reflètent la beauté de leurs âmes. Platon n’a pas inventé le concept mais il atteint son apogée avec lui. Cette idée est insidieuse parce qu’elle est ancrée en nous depuis tant de siècles qu’elle s’impose sans que nous en ayons conscience. Un jour à un conseil de classe j’ai dit, en parlant d’une élève, que j’avais été surpris par sa sournoiserie à cause de la première impression qu’avait fait sur moi son visage angélique. Voilà c’est exactement ça, nous prêtons aux gens beaux des qualités que la beauté n’a jamais garanties. On a beau parler de beauté intérieure, d’insensibilité aux apparences, de charme, il n’en demeure pas moins que nous avons tous attribué des qualités morales et intellectuelles imaginaires à des gens qui étaient seulement beaux (et ensuite avons essayé de trouver ces qualités et bien souvent fait semblant de nous convainque de les avoir trouvées). Cela dit, il y a des moches qui sont des gros cons aussi.

Socrate était laid, il avait une tête de silène d’après ses contemporains, Platon était beau… l’enfoiré !