judith

 

Certaines grâces sont inaccessibles aux mots... (En tout cas, aux miens)
Bien sûr, je parle des femmes. On peut trouver une femme belle, intelligente, attirante, mais on en devient fou à cause d’une manière bien à elle. Une façon d’être, inaperçue des autres, mais qui vous bouleverse et vous rend fanatique. Un simple geste, une simple attitude, peut-être, lorsqu’elle rajuste une mèche de cheveux ou bascule délicatement la tête quand elle rit ou le léger énervement qu’elle affiche quand elle ne trouve pas un objet dans son sac… Un geste trivial dans lequel se concentre tout son être. Une façon de faire « de la grâce avec rien. De faire tenir tout le divin en un geste quelconque ». Je ne sais pas si les femmes ressentent la même chose pour les hommes. Trouvent-elles émouvant le noble geste du décapsulage de canettes devant un match de foot ? Fondent-elles devant l’attitude héroïque du mâle qui persiste à planter un clou après trois tentatives sur les doigts et deux cratères dans le mur ? Sont-elles toute chose à la vue de l’homme, redevenu subitement primitif et grognant, essayant désespérément d’allumer un feu pour le barbecue dominical ? Bah ! J’ai bien peur que non ! (et je les comprends).
Ce qui est valable pour les femmes l’est également pour les œuvres d’art. On peut trouver sublime une œuvre uniquement grâce à un détail. Par exemple, dans le « Judith et Holopherne » du Caravage (dont le sujet est la décapitation de ce brave Holopherne par cette fourbe de Judith… un truc de poète quoi !) je suis raide dingue des rides sur le front de Judith, les deux rides du lion et une légère juste au dessus du sourcil. Dans « Have a cigare » de Pink Floyd, je suis fou amoureux d’une note (celle à 3mn50) c’est une note toute à fait banale mais pour moi c’est la plus importante. On peut trouver une phrase dans un roman, une tirade dans une pièce, une courbe dans une sculpture qui subliment et justifient toute l’œuvre. Alors on peut parler de cette grâce, on peut dire qu’elle existe (pour moi en tout cas). Mais dire en quoi ce détail, cette note, ce coup de pinceau, ce simple geste font «tenir tout le divin », cela me semble au-delà des mots. C’est pourquoi nous avons inventé l’expression un « je-ne-sais-quoi » pour décrire cet indescriptible.