Bafouille from nowhere

Science, religion, philosophie, humour, culture, moi

28 août 2008

Petites réflexions sans importance

DIOGENE A L'HOPITAL

Pour les fans de la série « Dr House » (dont je fais partie) la question est : pourquoi s’attache-t-on tant à ce personnage méchant, brutal et souvent choquant ? La réponse est philosophique : Dr House c’est Diogène en blouse blanche. Comme l’homme qui cherchait l’homme il est drôle, intelligent et cynique (le mot même de cynique vient de l’école philosophique de Diogène parce que le surnom de Diogène était le chien). L’utilisation d’un humour ou d’une attitude non conformes aux conventions sociales pour faire jaillir la vérité c’est leur démarche commune. Je vous conseille la lecture du chapitre sur Diogène dans « Vies et doctrines des philosophes illustres » de Diogène Laërce (Coll. la Pochothèque) pour vous apercevoir de la ressemblance.

Drhouse

AIMEZ-LA OU QUITTEZ-LA

Nicolas Sarkozy a déclaré il y a quelques temps que les étrangers vivants en France n’avaient rien à faire chez nous s’ils n’éprouvaient pas un sentiment d’amour et d’admiration pour notre beau pays. Carla a déclaré dans un journal anglais, le Daily Mail, que les français sont des minables, jamais satisfaits, toujours mal lunés et qu’elle est bien contente d’avoir un passeport italien. Vincent Bolloré va-t-il prêter à son ami Nicolas son jet privé pour la reconduire à la frontière ? (à voir sur le net : http://www.dailymail.co.uk )

PHOTO OFICIELLE

Notre Président vient de se marier avec Carla Bruni et cet évènement est historique puisque c’est la première fois, à ma connaissance, depuis que l’homo sapiens s’est doté de chefs que l’on peut admirer la femme d’un chef d’État à poils. On a du bol que Bernadette ne nous ai pas fait ce coup là !carlabruniREX1701_468x541

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Bling Bling Connexion

Depuis un certain temps on nous a beaucoup parlé de la vie privée de notre Président. D’aucun penseront que cette sur-exposition médiatique qu’elle soit initiée par le principal intéressé ou qu’elle se fasse à son corps défendant n’apporte rien au débat politique ou, ce qui est plus dommageable pour le principe démocratique, ne sert que d’écran de fumée pour cacher la nullité incommensurable de la politique du gouvernement. A la décharge de la presse people il faut souligner que la France n’est pas habituée à voir à sa tête une personnalité aussi tape à l’œil. Force est de constater que notre cher Président ne nous a rien épargné : les Ray-ban de pilote, la Rolex plus encombrante que les menottes qui servent à raccompagner les sans papiers à la frontière, les SMS pendant l’audience pontificale, le T-shirt NYPD, le top modèle, en gros il ne manque que la BM et le piment au bout de la chaîne en or avec la moquette de poils dessous. Comment résister à un président qui ressemble plus à un des personnages de « La vérité si je mens ! » ou des « Sopranos » qu’à un Président de la Vème République.

L’homme de raison doit se dire « On ne juge pas un livre à sa couverture » et ce brave gars a bien raison (le contraire eût été étonnant !). Cependant si nous allons aux delà des apparences c’est-à-dire si nous analysons le phénomène Sarkozy dans ce qu’il a de signifiant nous sommes obligés d’arriver à des conclusions qui n’incite pas l’amateur d’idées politiques à aller passer la nuit aux « Bains douches ». Prenons par exemple la bringue organisée après l’élection. Rappelons les faits pour tous ceux qui seraient en panne de télévision depuis plusieurs mois ou qui auraient été récemment kidnappés par des extra-terrestres. Le résultat du deuxième tour vient de tomber, Nicolas, comme aiment à l’appeler affectueusement les médias, est notre nouveau président. Que fait un Président nouvellement élu ? Jusqu’à présent il courait, avec plus ou moins d’enthousiasme j’imagine, retrouver ses militants et les cadres de son parti pour les remercier de leur soutien et de leur travail. Il disait deux ou trois mots bien sentis sur le fait que la victoire n’était pas la sienne mais la leur, qu’il sera le président de tous les Français, et patati et patata, on buvait un coup de champagne puis on sortait dans Paris pour se faire voir des électeurs en liesse et puis après ce qui arrivé restait du domaine de l’intime, une camomille et au lit, petit dîner entre amis ou partie fine avec des call girls, allez savoir !. Nicolas n’a pas suivit ce schéma à la lettre. Il est allé voir ses amis réunis au restaurant ultra chic le Fouquet’s puis est allé voir les militants salle Gaveau, est retourné au Fouquet’s et enfin il s’est rendu place de la Concorde pour parler à la foule. Pas de quoi fouetter un chat. Les polémistes qui s’offusquent du peu d’empressement du Président à aller communier avec le foule devraient plutôt se dire que notre Président a des amis qu’il aime beaucoup et que l’amitié c’est important. Alors bien sûr parmi ces importuns certains ont perfidement fait remarquer que parmi les amis de Nicolas se trouvaient beaucoup de patrons et que la vitesse supersonique avec laquelle il est allé les retrouver au Fouquet’s tenait plus du « garde à vous.. A vos ordre, mon général… » que du « Youpi… j’ai gagné les copains… ». Un des frères de Nicolas était vice-président du MEDEF, l’autre est vice-président du conseil de surveillance d’un groupe pharmaceutique. Ils espéraient quoi, nos polémistes ? Que Sarkozy aille chercher ses amis au bar-tabac « le Balto » parmi les habitués, collés au zinc depuis des siècles, la casquette visée sur la tête, la gauldo au coin des lèvres (ah! Non ! Ça Ils ont plus droit) et le petit blanc bien frais dès 8h du mat ? Nicolas Sarkozy, avocat, ancien maire de Neuilly, plusieurs fois ministre a des amis dans la finance et l’industrie… ça j’aurai jamais cru !

Pourtant il est très intéressant de consulter la liste des invités de cette soirée au Fouquet’s (cette liste a été publiée dans le livre de deux journalistes Chemin et Perrignon « La nuit au Fouquet’s ». Vous la trouverez très facilement sur internet). Très peu de membres de sa famille : sa mère et ses deux frères. Les politiques sont rares : un ancien premier ministre (Rafarin), un futur premier ministre (Fillon), quelques proches qui auront des fonctions dans le futur gouvernement et les Balkanis (les personnages politiques les plus honnêtes du monde juste après Amin dada, Maurice Arreckx et les époux Tibéri). On peut constater qu’aucun cadre de l’UMP n’est présent. Nicolas ne devrait-il sa victoire qu’à lui-même ? Du côté des journalistes - éditorialistes si nous n’avons pas la quantité nous avons la qualité puisque avec Alain Minc (dont la pensée peut se résumer à « la loi du marché c’est la loi de la gravitation universelle »), Nicolas Beytout et Nicolas Baverez s’exprime la quintessence du dogmatisme ultra-libéral. Je ne peut résister au plaisir de vous citer une des petites merveilles très XIXème siècle à propos des 35 heures de N. Baverez : «Le temps libre, c’est le versant catastrophe sociale. Car autant il est apprécié pour aller dans le Luberon, autant, pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance, des faits malheureusement prouvés par des études». Salauds de pauvres ! Reste les autres, ceux qui n’ont rien à voir avec le boulot, ceux qui sont là parce que Nicolas les admire, les apprécie.

On pourrait s’attendre à rencontrer les noms de quelques philosophes, quelques prix Nobel de littérature, quelques chanteuses d’opéra, quelques scientifiques de haut vol, quelques universitaires, quelques sociétaires de la Comédie Française et un raton laveur. Et on tombe sur Arthur, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Johnny Hallyday et Madame, Jean Reno, Basile Boli, Denis Charvet, Pascal Gentil, Bernard Laporte, Richard Virenque (celui-là je me marre à chaque fois que je relis son nom dans la liste). Finalement je retire les propos tenus il y a quelques instants : Nicolas Sarkozy a été chercher ses amis au bar-tabac « le Balto ». Bien sûr c’est un bar-tabac un peu clinquant, au luxe mal assumé, au faux bon goût, à la réussite trop affichée mais où l’on y raconte autant de conneries accoudé au comptoir que partout ailleurs. Ce que nous apprend le choix de Nicolas Sarkozy c’est que son goût naturel ne le porte pas vers la culture « classique », son goût naturel le porte vers une culture populaire médiocre certes légitime parce que divertissante mais inopérante lorsqu’il s’agit d’élever l’esprit, de raffiner l’être humain. Je crois que Nicolas Sarkozy est inculte et que ça ne le dérange pas. Le moteur de Sarko n’est pas une curiosité exceptionnelle ou une volonté inaltérable de s’améliorer, son moteur est une ambition infinie. Ses capacités sont au service de cette ambition. Il n’a appris que ce qu’il devait apprendre pour réussir là où il devait réussir, rien de plus, rien de moins. Il est avocat et un avocat est uniquement un technicien du droit. L’avocat humaniste des XVIIIème et XIXème siècles, pétri de philosophie du droit et de latin, est un personnage de livre d’histoire. Étudiant il a, pendant que déjà dans les locaux du RPR ses longues dents rayaient les parquets, fait ce qu’il avait à faire pour passer sans brio particulier les examens que ses ambitions le poussaient à avoir. En dehors de la politique politicienne rien ne l’intéresse. Aucune curiosité ne l’a jamais incité à enrichir sa personnalité, seule l’ambition l’encourageait à se dépasser pour atteindre les sommets. Aussi il n’est pas étonnant, pour un tel homme, que la réussite de ses projets doive être proclamée de façon ostentatoire tel l’alpiniste plantant son drapeau au sommet de l’Everest (à la différence près que pour Sarko le drapeau doit être visible par le monde entier). La pauvreté de ses goûts alliée à cette soif de reconnaissance lui donne ce genre « m’as-tu-vu », ce bling-bling affiché surprenant pour les Français plus habitués au luxe discret des élites cultivées. Cette attitude il la partage avec nombre de ses amis. Christian Clavier est pratiquement son double, mêmes vêtements, même Rolex, même assurance agressive de parvenu. Clavier a fini par ressembler aux personnages qu’il incarnait dans « Les bronzés » ou « Je vais craquer » celui du petit bourgeois voulant péter plus haut que son cul.

Les femmes aussi sont symptomatiques du complexe Sarko. Il fréquente un mannequin comme certains de ses potes (Reno, Arthur, Virenque). J’aurais du écrire qu’il fréquente ENFIN un mannequin parce que sa carrière sentimentale suit sa carrière politique. Lorsqu’il était un jeune loup du RPR et qu’il lorgnait la mairie de Neuilly, il épousât une jolie petite bourgeoise du 16ème, pas extraordinaire mais mignonne avec son petit rang de perle obligatoire et son carré de soie indispensable. En prenant du galon il a échangé sa petite bourgeoise pour une grande bourgeoise plus élancée, plus belle, plus classe, plus adaptée à l’exposition de son nouveau statu. Enfin arrivé au sommet, comme un drapeau éclatant qui nous agite sous le nez, il exhibe un top model international. 

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Lorsque je vois cette bonne vielle tête de puceau posant avec son premier trophée je pense toujours à une anecdote qui m’est arrivée à la fac de droit. Certains d’entre vous savent, pour en avoir fait partie, que nous formions une bande d’étudiants pas très préoccupés par les études mais qui cahin-caha parvenaient, sans fournir d’efforts démesurés, à progresser dans le cursus. La vie était trop courte et trop belle pour s’encombrer des principes généraux du droit ou de la double mobilisation en droit cambiaire. On sortait, on draguait, on baisait, on bouquinait, on allait au ciné, au restau, au concert, on riait, on profitait de nos vingt ans (un peu trop peu être...). En un mot nous cultivions notre coolitude. Un soir, pendant une bringue, alors que sur la piste de danse se lâche une bande de morceaux de fous entourés de demoiselles à la vertu extensible (merci mon Dieu!), je me trouve à proximité de deux étudiants modèles, pantalons à pinces, chemisette et gilet Lacoste, pas un pli, pas un pan qui sort de la ceinture et avec cette même tête que Sarko jeune. Ils regardent avec beaucoup d’intérêt la folle farandole des excités de la bistouque et soudain l’un d’eux dit à l’autre : « Regarde ces abrutis... Tu verras quand on sera avocats nous aussi on les niquera toutes... » . Il avait raison ! Ou étions nous lorsque le jeune Sarkozy se faisait la même réflexion, lorsqu’il se disait qu’il allait montrer à tous ces abrutis de quoi il serait capable. Nous jouissions et nous avions raison. Seulement les épicuriens et les hédonistes ne sont pas des ambitieux et les ambitieux sont plus efficaces que les jouisseurs.

Dernière réflexion : Dans les milieux favorisés les enfants souvent optent pour une carrière en adéquation avec les intérêts ou les goûts où même une certaine vision du monde de leurs parents. Pour nos Présidents par exemple : Giscard est un technocrate avec des velléités d’écrivain sa fille est devenu éditrice c’est-à-dire qu’elle allie à la fois l’aspect administratif et littéraire de son père ; Mitterrand se piquait de belles lettres et de culture, sa fille est devenue écrivain ; Chirac est nul pratiquement pour tout mais, aux dires même de ces ennemis, il est un homme de contact génial, sa fille est dans la communication. Le fils de Nicolas Sarkozy est producteur de rap sous le nom de Mosey. Quel rapport avec le Président ? Vous avez déjà vu un clip de rap ? Grosses voitures, montres voyantes, fringues de marques, bombes sexuelles, le rap est un univers où l’ostentation est portée au rang de style de vie. On a tout dit. Non ?!

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L’ABUS DE DARIO FO NE NUIT PAS GRAVEMENT À LA SANTÉ

Nous avons tous des petites manies dont nous ne voulons, sous aucun prétexte, qu’on nous délivre. Et dans la mesure ou ces petites manies ne font de mal à personne et qu’elles nous font du bien, nous serions de bien piètres hédonistes si nous ne nous y accrochions pas comme à de petits trésors. Pour ma part, j’en ai quelques unes (et là je sais bien qu’il y en a qui rigolent franchement en se disant que ce que j’appelle petite manie n’est sans doute que l’activité favorite d’Onan pour narguer le Très Haut). Pour en revenir à ces petits plaisirs : en voici un des miens. Lorsque j’entre dans une librairie que je ne connais pas je regarde toujours deux choses : ont-ils les œuvres complètes de Borges dans la Pléiade (pas rééditées depuis presque 10 ans depuis que cette hyène de Maria Kodama, la dernière compagne de l’auteur, en bloque les droits) et ont-ils le « Johan Padan a la découverte des Amériques » de Dario Fo. Je ne suis jamais déçu de ne pas trouver ces ouvrages parce que dénicher un exemplaire de la Pléide-Borges serait de l’ordre du miracle et qu’un miracle ça ne s’exige pas et parce que le Johan Padan de Fo est le dernier de la série de ses textes traduits en français (dans la collection Dramaturgie) qu’il me reste à lire. Ensuite il faudrait que j’attende une nouvelle traduction ou alors que j’apprenne l’italien.

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Depuis Samedi dernier il va falloir que je me décide puisque j’ai enfin rencontré Johan Padan. Lorsque je suis tombé nez à nez avec lui, après un moment d’incrédulité, je me suis mis à effectuer des petits bonds sur place en battant frénétiquement des mains, un peu comme le font les adolescentes hystériques lorsqu’elle parlent du mec le plus cool du lycée qui vient de leur jeter un coup d’œil furtif en sortant des toilettes. Après avoir récupéré une dignité qui sied plus à mon âge et à ma fonction, je suis sorti de la boutique avec mon nouvel ami sous le bras pour aller faire plus ample connaissance dans l’intimité de ma demeure.

J’ ai passé trois heures merveilleuses. Dario Fo est un génie ! Il renvoie à leurs études tous les intellectuels coincés du cul qui encombrent nos écrans, nos journaux et les rayonnages de nos librairies. Son œuvre est érudite, profonde et engagée et pourtant on explose de rire à toutes les pages. Il démontre à tous ceux qui confondent profondeur et abyssal vide, érudition et ennui, sagesse et tristesse que la vie est une garce perverse et injuste mais avec une paire de seins et un cul à damner tous les saints du paradis. Il démontre que l’humour est l’alpha et l’oméga de l’intelligence. Il démontre que la seule réponse à l’insignifiance de l’existence humaine ne peut être qu’un éclat de rire libérateur et rebel. Voilà qui est le Divin Bouffon Dario Fo.

Bon ! Je vais aller m’acheter une méthode Assimil d’italien.

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LES ÂNES AUSSI SAVENT LIRE ou LA LOGIQUE PERVERTIE

Hier soir (24 janvier) d’un œil morne et d’un doigt agile je parcourais l’étendue sinistrée du PAF… Enfin je veux dire (pour ceux qui auraient mal compris) qu’a moitié endormi, je zappais dans l’espoir fou de trouver un programme digne d’un quelconque intérêt lorsque soudain mon attention est arrêtée par un vieux gus qui lit une sorte de dissertation philo-logico-juridico-théolo-portnawak. Un truc aussi bizarre ne peut que passer sur Arte. Au bout de quelques minutes je crois comprendre le principe de l’émission : un comédien lit une transcription fidèle de prêches dont l’auteur est manifestement un musulman fondamentaliste. 

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Le parti pris du réalisateur est, sans aucun doute possible, de ne donner aucun relief aux propos du prêcheur, de ne pas inciter le spectateur à juger par l’entremise de commentaire ou d’une présentation ambiguë. Le décor et le montage sont donc pratiquement inexistants (seuls quelques changements d’axe rompent la monotonie des images), le ton de la lecture est neutre, tous les événements (rires ou commentaires dans la salle) sont signalés par un blanc titre aux spectateurs. Tout est fait pour que l’attention se porte uniquement sur le discours et que seul le discours soit pris en compte pour établir un jugement sur son contenu.

Renseignements pris à posteriori :

l’émission s’intitule « Discours de Hambourg » . Voici ce que nous dit le site d’Arte à propos du film : « À la fin des années 90, Mohammed Fazazi devient l'imam d'une mosquée de Hambourg. En janvier 2000, pendant les derniers jours du ramadan, il donne dans la salle de prière plusieurs "leçons" sur les règles de vie préconisées aux fidèles musulmans et répond aux questions des membres de l'assistance. Ces séances sont filmées en vidéo et les cassettes sont ensuite vendues, notamment à la librairie de la mosquée. Après les attentats du 11-Septembre, il s'avère que trois des kamikazes qui constituaient ce que l'on a appelé le groupe de Hambourg - parmi lesquels Mohammed Atta, présenté comme le cerveau de la cellule par le FBI - fréquentaient cette mosquée et avaient des contacts suivis avec l'imam Fazazi. »(…) "Sur la base de la vidéo (...) le jeune cinéaste allemand Romuald Karmakar a choisi de reconstituer dans leur intégralité deux de ces prêches, tels qu'ont pu les entendre les fidèles de la mosquée."

Se taper les prédications d’un intégriste à l’heure où d’autres courent la gueuse, se font une bonne bouffe ou se matent un bon film, là, même moi, j’ai pensé : « mon petit vieux ! Tu files un bien mauvais coton ou t’es en train de partir de la cafetière !!! ». Parce qu’on les connaît les fous de Dieu, les imams illuminés, les jihadistes cintrés, comme on connaît les prêtres hallucinés, les rabbins hystériques ou les évangélistes azimutés, tout ça c’est que du fondu, du zimbrec, de la graine de psychopathe sadique avec des vrais morceaux de martyres dedans. Alors pourquoi gâcher une soirée à écouter la diarrhée verbale d’un bas-de-plafond théologique ? Ne faut-il pas être complètement désespéré, frustré, désenchanté (ou les trois à la fois) pour permettre à de telles paroles de souiller le temple immaculé de sa sapientiale Raison ? D’abord, je vous interdit de penser, même une seconde, que je puisse être désespéré, frustré ou désenchanté à part, peut-être, lorsque j’entends pérorer un soit disant socialiste ou que je regarde péniblement une pseudo comédie française filmée avec une truelle. Ensuite, sommes-nous fondés à penser que tous les fondamentalistes soient sujets à des pathologies psychiatriques ? Je dirais même plus, ne peut-on pas voir un être humain se comporter comme un bourreau ou comme un boucher sans avoir la tentation confortable de le qualifier de monstre ? Hitler et toute sa bande de comiques troupiers n’étaient pas des hommes, ils étaient des monstres sanguinaires sans aucune commune mesure avec nous. Illusion rassurante ! Hitler, Staline, Jack l’éventreur, Pol Pot… étaient des nôtres, ils nous représentent aussi sûrement que Gandhi ou Saint François d’Assises. Ils nous représentent peut être mieux, parce qu’il est si difficile de s’élever et si facile de tomber. Primo Levi a écrit à propos des tortionnaires d’Auschwitz : « Ils étaient faits de la même étoffe que nous, c’étaient des êtres humains moyens, moyennement intelligents, d’une méchanceté moyenne : sauf exception, ce n’étaient pas des monstres, ils avaient notre visage. » Là réside l’insoutenable vérité.

L’homme est un animal raisonnable. Tous les « monstres » de l’histoire étaient doués de raison et, hélas pour leurs victimes, ils étaient souvent pourvus de logique. Assis devant ma télévision, il ne m’a fallu que quelques secondes pour reconnaître et être fasciné par la logique limpide émanant du discours de l’imam. Pour un juriste, la logique de la charia est un mets des plus fins. La proposition A entraîne la proposition B qui entraîne la proposition C… Catégories, sous catégories, prémisses, conclusions, règles, exceptions, raisonnement à priori, à contrario… un véritable festival, une orgie de rigueur, une débauche de clarté. De quoi éblouir tous ceux qui cherchent du sens, du soutien, une discipline pour leur vie.

Mais ce qui est logique est-il vrai ? Un raisonnement logique est-il un raisonnement vrai ? Un raisonnement logique ne pourra être vrai que si sa base, sa prémisse est vraie. Si la prémisse est infondée alors le raisonnement malgré sa logique formelle sera faux. Cette prémisse est souvent un axiome c’est-à-dire une proposition indémontrable mais évidente pour la raison. Par exemple : X+0 = X. Dans un bar de Besagne se trouvent trois cagoles. Si aucune cagole ne rentre ou ne sort, j’aurai sous mes yeux ravis toujours trois cagoles. Si j’ajoute 0 cagole à trois cagoles, j’obtiens trois cagoles (ce raisonnement marche aussi avec des pommes, des moutons, des glaces à la vanille et des atomes quelconques). Voilà un axiome qui peut aisément être validé par n’importe quel être humain (amateur de cagoles ou non).

La prémisse de la science juridique coranique est que le Coran est la vérité la plus pure puisque il est incréé. C’est-à-dire que Mahomet n’est pas l’auteur du Coran, il n’a pas même été inspiré par Dieu pour écrire le Coran, le Coran lui a été donné par Dieu. Dieu étant de toute éternité, le Coran, émanant de lui, est donc de toute éternité. On ne saurait donc en retrancher une virgule. Il ne peut donc pas avoir de sources rédactionnelles (les récits de la bible hébraïque ou ceux des Evangiles), de contexte historique ou être sous-tendu par un projet politique ou théologique. On ne pourrait donc pas en faire l’exégèse, ou l’’adapter aux réalités du siècle ou expliquer son contenu par l’histoire ou la psychologie. C’est cette croyance qui fonde la logique intégriste de la charia. Toutes les propositions logiques qui découlent des règles du Coran sont vérités puisque il est vérité. Comme prémisse admissible par la raison on a vu mieux. Fonder un système juridique,par nature flexible et évolutif, sur une base immuable et mythique c’est bâtir une forteresse sur du vent. Du point de vue de la Raison c’est une catastrophe mais du point de vue pratique quel succès !

Remarquez bien que ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup. Un mec ressemblant furieusement à Charlton Heston monte sur le mont Sinaï pour réfléchir au meilleur moyen de donner une législation minimale à une bande de branleurs qui passent leur temps à traîner dans le désert et à se prosterner devant la première idole en or qui passe. Il part du degré zéro de la loi donc il se creuse les méninges pour pondre un truc qui soit fonctionnel et qui ait de la gueule. « Bon, se dit Charlton, voyons déjà le kit de base : prohibition du meurtre, de l’adultère et du vol. Ensuite, un peu de social : tu bosses six jours et le septième tu peux coincer la bulle les doigts de pieds en éventail. Enfin, un peu d’efficacité centralisatrice : un seul Dieu à adorer et plus besoin de se prendre le chou avec les ordres et les contre-ordres de tout un panthéon. Et le jeudi c’est le jour d’untel et le mardi c’est le jour de l’autre et de savoir si t’as le droit de manger de la viande pendant la fête d’un troisième ou de savoir si il faut se raser la tête ou s’épiler les fesses pour plaire à un quatrième... ». Bref ! Rendu à ce point, notre bon vieux Charlton se demande comment il va pouvoir faire avaler la pilule aux traîne-patins et aux pousse-mégots qui zonent avec lui. Il jette un coup d’œil à sa législation qu’il vient de graver sur deux blocs de pierre (à cette époque les imprimantes laser en étaient à leurs balbutiements) et se dit que ça a été un sacré boulot (sans parler des coups de marteau sur les doigts… on peut être envoyé de Dieu et pas être très manuel). Il est saisi d’une angoisse : et si les autres commencent à pinailler ? « Comment ça le repos le dimanche ?? Moi ça m’arrange pas ! Pourquoi pas le mercredi, j’aurai pas les gosses à faire garder… Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin ?? Moi mon voisin c’est un gros naze et sa femme est follement accueillante… non vraiment, je vois pas le pêché ! Tu adoreras un seul Dieu ?? Mais si il est en congés et que mon troupeau a chopé la courante… Je prie qui ?? On a prévu un remplaçant ?… »

Notre Charlton commence à avoir un peu mal à la tête. Soudain il a l’illumination : Dieu lui a donné les tables de la loi ! Ils peuvent venir les autres avec leur « mais… », et leurs « si… », et leurs « ça m’arrange pas… ». Tu attends qu’ils se calment un peu et tu dis « Dieu a dit ! ». Après ça le tas de loqueteux il a qu’a fermer sa mouille. Et si un plus malin que les autres te dis « Dieu n’est pas très clair sur tel ou tel point. On pourrait pas faire comme ça nous arrange ? ». Là, tu le foudroies de tes yeux perçants ou tu lui fous un bon coup de bâton de patriarche et tu dis « Dieu M’a dit . Dieu est très très clair et JE suis son prophète et JE t’emmerde ! » et après tu fais comme ça t’arrange toi.

Et c’est comme ça qu’il leur a vendu l’affaire. J’imagine qu’il y a du avoir un ou deux futés qui à la vue des pansements sur les doigts du prophète ont dû se douter que les tables de la loi n’avaient pas été gravées par le Tout Puissant. Mais après une sainte colère, la réduction en gravillons des tables sur les crânes obtus d’un ou deux incrédules (il a dû râler sec le Charlton lorsqu’il a dû se taper à nouveau l’ascension de la montagne pour une nouvelle séance d’écriture) tout est rentré dans l’ordre et sa stratégie de communication a été un franc succès.

Lorsque l’on s’intéresse au Coran, aux textes sur la vie ou les paroles de Mahomet ( la Sira et les Hadith), on peut, si l’on a très mauvaise esprit comme moi, y découvrir une stratégie de communication similaire. Tout d’abord, rappelons-nous le contexte politico-historique. Mahomet naît dans une famille noble mais pauvre de la Mecque en 571 après JC. A cette époque la péninsule arabique est peuplée d’une multitude de tribus dont le seul lien positif est la langue. Ces tribus ont pour activité principale le commerce avec les deux puissances dominantes l’Empire chrétien de Byzance et l’Empire sassanide. Question religion : c’est un vaste souk. Chaque tribu a son dieu ou ses dieux et tous sont représentés dans la ville sainte la Mecque (dans ou autour de la Kaaba se trouvaient 360 statuts d’idoles). Les tribus sont également en relation avec des populations monothéistes juives ou chrétiennes et il existe, notamment à la Mecque, des monothéistes locaux les Hanifistes. A 25 ans Mahomet épouse une riche veuve de 15 ans son aînée, Khadija. Il fait prospérer les affaires de sa femme en organisant des caravanes vers la Syrie et avec le temps il devient un notable respecté de la bonne société mecquoise qui lui donne le surnom de Probe. A 40 ans il a la révélation de sa mission alors qu’il médite dans une grotte sur le mont Hira (Si vous voulez devenir prophète déménagez dans les Alpes et mettez-vous au trekking parce que manifestement au niveau de la mer la communication avec Dieu ne passe pas !). Quelles sont les motivations de Mahomet ? Ambitions politiques, foi profonde, soif de pouvoir, folie des grandeurs…? Peu importe. Le fait est qu’il rentre à la Mecque, remonté comme une pendule, avec l’intention de mettre un peu d’ordre dans le foutoir polythéiste ambiant en soumettant tout le monde à son autorité et à un dieu unique. Et pour éviter toute discussion assommante et inutile quoi de plus efficace (merci Charlton !) qu’une parole directe de Dieu qui vous explique quoi faire (un peu comme une notice Ikea mais en plus claire). Mahomet est un sacré bonhomme. On ne peut qu’être admiratif de la fougue, de la détermination qu’il mit au service de sa vision, de son projet. Un Dieu, Une nation : Unité et indépendance pour le peuple de la péninsule arabique. Impossible pour un tel projet d’avouer une quelconque influence, impossible d’invoquer le Dieu juif et chrétien sans qu’un lien direct entre ce Dieu et le peuple arabe ne court-circuite les juifs et les chrétiens. Si l’on se place dans les circonstances et si l’on tient compte des mentalités d’alors, on est forcé de constater que Mahomet est un formidable chef de guerre, un pragmatique leader politique qui a fédéré les tribus d’un territoire important (la moitié ouest de la péninsule) en quelques années. Sans être un spécialiste du Coran, il est assez simple de trouver dans le texte les traces de son pragmatisme politique et militaire. Les fameux versets sataniques sont l’expression de ce pragmatisme. En conflit avec les polythéistes de la Mecque, Mahomet veut se les mettre dans la poche histoire qu’ils lui lâchent la grappe cinq minutes. Aussi reconnaît-il publiquement que leurs divinités (une triade féminine) existent et peuvent intercéder auprès d’Allah. Les idolâtres sont contents, ils lui tapent sur l’épaule en lui disant « Finalement, Momo, t’es un mec sympa ! ». Par contre du côté des adeptes d’Allah on tire un peu la gueule. Imposer le monothéisme en se mettant à dos les partisans du monothéisme, c’est un peu risqué non ? Coup de bol, l’ange Gabriel intervient pour faire poliment remarquer au prophète qu’il s’est un peu emmêlé les pinceaux dans un des versets et que ce qu’il a dit est a l’opposé du message divin que lui, Gabriel, s’était esquinté la santé à lui faire apprendre par cœur. Mahomet revient sur ses déclarations et ajoute à l’attention des polythéistes que leurs divinités c’est de la daube et qu’aujourd’hui pour être moderne, il faut se mettre au Dieu unique, sinon t’as vite fait de passer pour un gros faisan. Autre exemple : le pinard. Au début dans les premiers versets qui en parlent l’alcool n’est pas interdit, il est seulement interdit de s’approcher des lieux de prière complètement déchiré. Ensuite seulement le FedEx divin, l’ami Gaby, intervient de nouveau pour que l’alcool et les jeux de hasard (quel rabat joie celui-là!) soient complètement prohibés. Pourquoi un tel interdit ? Les autres monothéismes cousins ne sont pas si catégoriques sur l’alcool et le jeux. Le catholicisme va même jusqu’à sacraliser une boisson alcoolisée, à la faire devenir le sang du Christ. La prohibition de l’alcool par le Coran est motivée par le penchant des bédouins à avoir la cuite turbulente. Ca se passait à peu près comme ça : durant les grands rassemblements les tribus s’ennuyaient ferme autour du feu de camp. Dès la nuit venue on éclusait copieusement. Les esprits s’échauffaient, on sortait la boite à gifles et parfois un des joyeux fêtards restait sur le carreau. Ou alors, un des soiffards proposait un jeu idiot à un autre assoiffé, du genre « je te parie mon troupeau et mes esclaves que la prochaine personne qui rentre dans la tente est un bédouin ». L’autre qui en était à sa douzième pinte de vin de palme répondait avec une bouche bien pâteuse « tenu ! ». Bien entendu il perdait. Au bout d’un instant, à travers les vapeurs alcoolisées il apercevait une lueur : « Infecte idolâtre (c’était l’insulte suprême) y a que des bédouins dans le camp... Tu m’as roulé fils de chamelle (insulte tout à fait satisfaisante également). » On ressortait la boite à gifles et un des deux restait sur le carreau. Ou encore (là c’est mon anecdote préférée) un bédouin plus trop étanche se levait en titubant : « Putain ! On s’emmerde sec ici... » Il cherchait dans sa cervelle imprégnée un truc intelligent ou constructif à dire histoire d’égayer la soirée. Fatigué de chercher il se contentait de : « Moi ! Monsieur ! j’me fais des couilles en or ! ». Un autre, qui cherchait ses clefs de chameau dans le sable depuis une bonne demi heure, tournait la tête, le toisait d’un oeil vitreux et rétorquait : « Ah ouai ! ton chameau il a même pas toutes les options ! ». Et l’alcoolique vantard de répondre : « Un chameau encore sous garantie... une merveille de technologie... élu chameau de l’année dans Chameau Magazine ... Ben, moi, Monsieur, ce chameau j’en n’ai rien à battre. Je l’égorge devant toi... Tu vas vois si j’suis pas cap ! ». « Ben moi, répondait l’autre, j’suis tellement pété de thunes que j’vais en égorger dix de chameaux ! ». « Et alors ! moi je vais en égorger vingt ! ». Ils allaient chercher les chameaux et à deux il en égorgeaient une bonne quarantaine. Bon, dans ce cas là on sortait pas la boite à gifles mais les chameaux restaient quand même sur le carreau. Au bout d’un moment Mahomet a du en avoir marre de tout ce gaspillage de bédouins et de chameaux et hop ! un verset sur l’interdiction de l’alcool et des jeux à la con.

La tonalité des versets au sujet des Juifs changent en fonction de la variation des circonstances politiques. Au début les ennemis sont les idolâtres, les Juifs sont des gens du Livre, des enfants d’Abraham, des potes quoi ! Lorsque Mahomet arrive à Médine, il y a plusieurs tribus juives dans la ville. Tout va bien, entre monothéistes on se comprend. Est conclu le Pacte de Médine où les croyances juives sont reconnus et où les juifs sont considérés comme faisant partie de la Umma (la communauté des croyants). Et puis une jour, un rabbin a voulu faire le mariole : « Dites-moi, très cher ami, vous dites que Moïse, lorsqu’il a été en présence du Très Haut, a vu la montagne exploser... C’est curieux par ce que dans mon livre à moi, il est dit qu’il a vu un buisson ardent. Voyez c’est écrit juste là » .Il montrait du doigt le passage et avec un petit regard condescendant par dessus les lunettes il ajoutait « Comment vous expliquez ça, mon cher ? ». Mahomet a du être un tantinet agacé qu’on puisse contredire sa révélation avec une autre révélation. C’est là que les choses ont commencé à se gâter entre Musulmans et Juifs. La révélation la plus pragmatique concernant les Juifs se produit lorsque Mahomet veut chasser une des tribus de la ville. Des Musulmans ont été fait prisonniers par les idolâtres et ils réclament une rançon. Mahomet se dit qu’il va aller demander aux Juifs d’en payer une bonne partie avec l’espoir secret d’un refus qui justifiera leur expulsion et la confiscation de leurs biens. « Mes chers amis, certains de mes hommes sont dans la panade et j’aurais aimé que vous allongiez l’oseille pour leur libération. » Les rabbins répondent avec un grand sourire engageant: « Mais bien sûr, cher ami, avec plaisir ». Il devait pas s’attendre à celle là et pendant quelques instants il reste silencieux et immobile. Soudain, au moment même où les compagnons du Prophète commençaient à trouver le temps long, il se lève sans un mot, même pas un petit merci, et sort de la pièce. Ses compagnons le rattrapent avec empressement parce qu’ils se disent qu’il a peut être eu un coup de chaud ou un début d’indigestion. Mahomet les rassure ; il a mis son chapeau et a mangé légèrement à midi. Ils s’étonnent alors de son attitude qui même pour un prophète n’est pas des plus polies. Il leur dit : «  Mon contact avec qui vous savez, l’agent Gabriel, vient de me prévenir que cette tribu complote avec mes ennemis pour m’assassiner. » On vira donc la tribu et on confisqua ses biens. Sacré Gaby, toujours là au bon moment.

Une dernière révélation opportune pour la route. Celle là est d’ordre personnel mais il faut bien que le job de prophète ait quelques avantages. Un jour Mahomet va rendre visite à son fils adoptif Zaïd. Ce dernier n’est pas là et c’est son épouse qui le reçoit. Mahomet la connaissait et ne l’aimait pas. Ce jour là pourtant, je ne sais si l’odeur des jasmins capiteux était enivrant ou si la lumière, à travers les persiennes, modelait le visage de cette femme en la rendant irrésistible ou si elle portait un décolleté affriolant, ce jour là donc notre prophète se sent émoustillé. Il rentre chez lui un peu embêté parce que la loi est claire : on ne peut pas épouser la femme de son fils même si on est le prophète de Dieu. Peu de temps après Gaby amenait un télégramme de Dieu à peu près rédigé en ces termes : « Petit veinard, stop, autorisation exceptionnelle épouser qui tu veux, stop, bonne bourre, stop, Bisous, stop. D. » Aïcha, son épouse préférée, à l’occasion de la révélation de ce verset lui dit sur un ton où l’on percevait une certaine ironie « Je vois que ton Dieu s’est empressé de t’exaucer ». Ca sert d’avoir des amis haut placés !

Essayons de résumer ce long développement (désolé, je me suis laissé emporter au départ je ne voulais écrire que deux pages !). Chez les fondamentalistes la logique juridique n’a rien à envier à nos législateurs modernes. Mais la base de leur législation est le Coran et cette base est immuable et insusceptible d’interprétation puisqu’elle est la parole de Dieu. Pourtant le Coran a été écrit à une certaine époque, dans certaines circonstances. Il est donc adapté à ses circonstances et à un temps donné. On pourrait dire que le Coran est la vérité d’une époque. Il pouvait donc servir à cette époque de base logique à une législation efficace et adaptée. La perversion de la logique de la charia réside dans son vice caché. Un peu comme si vous achetiez une voiture et lorsque nous ouvrez son capot vous vous apercevez qu’à la place du moteur vous avez un tas de briques. Les briques c’est idéal pour construire une maison mais pour faire rouler une bagnole... Pourtant vu du l’extérieur votre voiture semble parfaite. N’importe qui vous dirait que vous avez tout l’air d’un pigeon et que le vendeur est un escroc. Le Coran était idéal pour bâtir une religion et une nation mais pour donner son dynamisme à une législation propre au XXIème siècle son efficacité est nulle. Ceux qui prétendent le contraire sont ou des pigeons ou des escrocs.

Lorsque l’on parcourt le Coran, la Sira ou les Hadith on s’aperçoit de la violence qui les sous-tend. Rien de choquant à cela. Ces écrits ont été rédigés en pleine révolution religieuse et sociale dans une époque où l’Islam se battait physiquement pour sa survie et où le guerrier avait un rôle social omniprésent. Qui s’offusquerait de la violence des écrits de Saint Just ou de Robespierre ? Ces écrits ont le caractère des époques qui les ont produits. Les Salafistes (l’imam Fazazi en fait partie) ont pour idéal le retour vers un islam des origines. Leur fidélité aux textes antiques tend donc vers l’obsession. Leur rapport aux textes est inversé c’est-à-dire qu’originellement les circonstances politiques et sociales ont généré le Coran alors que pour eux le Coran doit générer les circonstances politiques et sociales actuelles. Le Coran étant adapté au combat, pour eux il faut donc créer cette situation de combat pour que le Coran puisse prendre tout son sens. Dans les prêches de Fazazi le monde entier est une zone de guerre. Terrifiant !

Dernière petite remarque : Fazazi est pour moi le parangon de ce que j’appellerais le savant-ignorant. Casanova citait souvent cette phrase : « méfiez-vous de l’homme d’un seul livre ». Un homme qui possède sur le bout des doigts un unique livre est dangereux parce qu’il peut expliquer le monde grâce à lui. Mais son explication est fausse parce qu’elle exclut tous les autres champs de la connaissance. Un tel savoir refuse tous les autres savoirs. Le discours d’un tel homme est séduisant pour les tous ceux qui ne possèdent aucune science. A leurs yeux il est sûr, inattaquable, omniscient. Comment leur dire que c’est l’exacte contraire de ce que doit être la science.

Pour finir (désolé mais Horace écrivait « Lorsque je suis bref, je deviens obscur », cela dit je ne suis, hélas, pas Horace) je ne résiste pas au plaisir de payer les faussaires avec de la fausse monnaie. Pardonnez alors ce morceau de logique absurde :

Les hommes savent lire.

Les hommes sont des mammifères.

Les ânes sont des mammifères alors les ânes aussi savent lire.

Monsieur Fazazi manifestement sait lire. Je ne pense pas qu’il ai de grandes oreilles pourtant il m’a tout l’air d’un âne.

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2008 COMMENCE BIEN … ET MERDE !

Vendredi 4 janvier 2008. Je suis de retour à Bordeaux, finalement pas mécontent de retrouver mes Pénates. Bien décidé à abattre tout le travail que j’avais amené à Toulon uniquement pour lui faire prendre l’air, je commence par piquer un petit roupillon de quelques heures pour récupérer d’avoir super bien dormi durant le voyage. 17 heure, devant la désertitude (tien ! je devrais entrée au parti socialiste) de mon frigo qui m’évoque irrésistiblement le vide intersidéral entre les oreilles d’un star académicien et parce que j’ai une méchante envie de piloter mon terrible engin (qui me donne des désirs dans le creux de mes reins…) je décide d’aller faire les courses et d’aller ensuite boire un coup au centre ville. Me voilà donc parti, beau comme un astre sur mon fidèle destrier, un peu comme Bellérophon sur Pégase mais en plus gros et en moins grec. Mais que vaut la superbe face à un engorgement du trafic urbain ? Pas grand-chose, ma brave dame ! Là, le fier cavalier des steppes, le preux chevalier, le cow-boy de Brokeback Mountain (mais en plus gros et en moins gay), ils peuvent toujours faire les cakes coincés entre la camionnette de Dédé le roi du débouche chiottes et la Twingo de Ginette la secrétaire habillée par la Redoute et coiffée par Jean-Louis David ( bonne quand même !). Bon ! au bout d’un moment, Tonnerre Mécanique et moi on commence à se faire un tantinet chier, donc on décide de feinter tout le monde et de passer par les petites ruelles pour arriver enfin sur la place Gambetta où je vais pouvoir finalement déguster un verre et mater, avec la sérénité du vieux sage, les petits culs qui passent. Après une série de rues étroites et sinueuses, je débouche sur le cours de l’Intendance, vaste rue d’une trentaine de mètres de large où passent deux lignes de tram. Je tourne à gauche sur le cours en faisant fi de l’insignifiant panneau suivant :

panneau_cycles06

D’aucun diront qu’avec l’âge ma vue baisse ou que mes neurones commencent à se transformer en pâte à tartiner ou encore que j’ai un sens civique digne d’un millionnaire réfugié en Suisse. Pour ma pitoyable défense je n’ai qu’à arguer la faible vitesse de mon allure (moins de 30 km/h) et le fait que cette rue a deux sens de circulation pour le tram dont une seule est ouverte à la circulation automobile. En bref que ma conduite, quoique complètement illégale, n’avait rien de dangereuse. Pour que vous ayez un aperçu de la situation voici une photographie de l’endroit :

cours_intendance

Pour tous ceux qui trouvent que je commence à être un brin longuet qu’ils se rassurent j’en arrive au cœur de mon propos.

Je n’ai pas fait plus de 40 mètres que sortant de l’ombre où ils s’étaient cachés apparaissent, tels les puants hommes des sables de Star Wars, une petite troupe de Schmits, de Pinots, de cognes, de condés, en bref la fine fleur de la maison poulaga. Avez-vous remarqué la propension qu’ont les argousins à se fondre dans le paysage. Un peu comme si on croisait l’inspecteur Derrick avec un caméléon. Dans le temps lorsqu’ils portaient un bon vieux képi et une vareuse, leur silhouette mi Général De Gaule mi gardien de square nous aidait à les repérer de loin. Aujourd’hui avec leur horrible blouson et leur affreuse casquette, on les confond trop facilement avec les agents SNCF ou même, comble de l’ironie, avec de jeunes consommateurs de hip hop et de substances. Où sont donc nos Longtarin et autres agents 212 ?

A212plongtarin

Bref, revenons sur le cours de l’Intendance. L’un des pandores, à première vue une femme, traverse d’un pas lent la voie (faut dire que j’arrivais pas comme une fusée) et d’un geste fatigué par la routine me fait signe de m’arrêter. J’obtempère. Là, mon instinct de grand fauve me dit que la chance m’a définitivement abandonné. Me faire chopper en plein sens interdit c’était déjà pas de veine mais si les Dieux avaient été un peu conciliants j’aurais été interpellé par ce type d’agent :

20060110b

Alors qu’avec leur humour à la con les Dieux m’avaient réservé ça (ou quelque chose d’approchant) :

fliq

Premiers contacts pour une rencontre du 3ème type :

« -B’jour M’sieur, vous roulez en sens interdit. »

-J’en ai bien l’impression…

-Les papiers du véhicule, s’il vous plait… Si vous payez dans les trois jours, l’amande sera d’un montant de 90 €, après ce délais elle passe à 135 €.

J’acquiesce d’un hochement de tête et ce simple geste me fait prendre conscience que je n’ai pas eu besoin d’invoquer l’intervention de tous les stoïciens du passé pour conserver mon calme. Serai-je devenu un sage ? …

-Et ça fera aussi 4 points

Splatch ! mon stoïcisme s’écrase comme un vieux flanc.

QQQooOOAaaaAAArrghhh!!!!... Ce qui en langage intelligible peut se traduire par : Quoi !

C’est pas évident de vous faire entendre l’intensité et la détresse de ce cri. Imaginez un mélange de haka néo-zélandais pour la violence, de hurlement de loup pour la lancinance, de scie circulaire pour la stridence, et du râle de l’agonisant pour le déchirement et vous aurez une approximation de la plainte qui s’échappa du fond de mon être. Après un bref instant utilisé à pratiquer une méthode d’hyperventilation sensée me faire recouvrir toute ma sérénité, j’ose cette question.

-Ôtez-moi d’un doute, le retrait de points ça a été inventé pour sanctionner les conduites dangereuses ? Est-ce que vous pensez vraiment que ma conduite était dangereuse ?

-Vous étiez en sens interdit.

-Je sais... Mais je ne roulais pas comme un gaga et en plus cette rue a deux voies de circulation puisque le tram la remonte. Aucune voiture ne pouvait venir sur cette voie.

-Vous étiez en sens interdit.

-Je dis pas le contraire ! Mais 4 points pour avoir pris la voie du tram c’est un peu sévère, non ?

-Vous étiez en sens interdit.

-Si je téléphone au volant d’une voiture ou que je tourne sans clignotant, je perds combien de points ?

- 2 et 3

Heureusement qu’elle n’a pas répondu une fois de plus «Vous étiez en sens interdit.» sinon j’aurai probablement passé la nuit au poste.

-A chaque fois que je prends ma moto, je manque de me faire couper en deux par des gus qui téléphonent ou qui ne mettent pas leur clignotant, et eux ils ont droit qu’à 2 ou 3 points ! Et si je picole, je prends combien ?

-6 points.

-Et bien ! La prochaine fois je picolerai au moins je perdrai des points pour une bonne raison et puis je prendrai un peu de bon temps.

-Vous étiez en sens interdit.

Mon royaume pour un calibre 12, pensai-je dans un premier temps puis je me contentai de dire :

-D’accord ! Et donc c’est mal… aussi mal que de déboîter sans prévenir ou de brûler un feu ou de rouler bourré ? Et aussi mal que de braquer une petite vieille ou que de vendre de l’héro à la sortie des écoles ???? Que de coucher avec Oussama Ben Laden alors ???

-Vous étiez en sens interdit.

Tant d’intelligence dogmatique me donne l’impression de discuter avec Georges Bush bloqué sur son mantra favori « il faut combattre l’axe du mal ». Et soudain j’ai cette révélation :

axe

Je me retrouve coincé dans une guerre manichéenne de civilisations. Et là j’ai peur ! Et si tout ça faisait partie d’un vaste complot mondial pour le compte de je ne sais quelles organisations internationales qui s’affrontent dans le but de contrôler la planète, la galaxie, l’univers et sa proche banlieue ? L’un de ces futurs maîtres du monde - le tout petit, tout nerveux, tout tape-à-l’oeil avec la Rolex et le mannequin - aurait trouvé cette idée géniale d’obliger les forces de l’ordre de son pays, sans doute pour financer un de ses plans pervers et machiavéliques, à soutirer le plus d’argent possible sous couvert de prévention à des usagers sans défense. Les pauvres policiers obligés de remplir des quotas et donc de guetter l’infraction là où elle est évidente, courante et pas trop difficile à réprimer au lieu de traquer les chauffards alcooliques et dangereux dans les endroits où leurs comportements représentent de réelles menaces. Soudain je réalise que j’ai en face de moi la victime inconsciente qu’un despote a réduite à la simple fonction de machine à sous. Je tente de lui exprimer mon regret de la voir dans cet état. Je lui dis : 

- ça vous énerve pas trop de remplir des quotas et de servir à rien ? Parce que si ça vous tente je peux vous indiquer près de chez moi quelques sens interdits que les automobilistes remontent en marche arrière et à fond de train sans savoir si au bout de la rue un véhicule s’engage… là au moins vous servirez. Mais bon ! vous ferez pas 10 pv à l’heure.

Elle a pas vraiment eu l’air intéressée, elle m’a même jeté un regard noir comme l’enfer et elle m’a dit :

-Vous étiez en sens interdit !

Ensuite elle m’a donné mon Pv et m’a rendu mon permis et elle est partie… vers deux autres deux roues qui, comme moi, avaient eu l’inconvenance, la perversité et la fourberie d’avoir souillé la sacro sainte voie du tram qui pour les siècles des siècles, la divinité et l’équilibre de l’univers est et restera, dans la pureté d’une gloire absolue, un sens interdit, amen!

Voilà mon 4 janvier 2008 qui inaugurait mon retour à Bordeaux et entamait prématurément les espoirs que j’aurais pu mettre dans cette nouvelle année.

A part ça, ça va !

Je vous embrasse tous

Posté par bafouille à 14:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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