28 août 2008
2008 COMMENCE BIEN … ET MERDE !
Vendredi 4 janvier 2008. Je suis de retour à Bordeaux, finalement pas mécontent de retrouver mes Pénates. Bien décidé à abattre tout le travail que j’avais amené à Toulon uniquement pour lui faire prendre l’air, je commence par piquer un petit roupillon de quelques heures pour récupérer d’avoir super bien dormi durant le voyage. 17 heure, devant la désertitude (tien ! je devrais entrée au parti socialiste) de mon frigo qui m’évoque irrésistiblement le vide intersidéral entre les oreilles d’un star académicien et parce que j’ai une méchante envie de piloter mon terrible engin (qui me donne des désirs dans le creux de mes reins…) je décide d’aller faire les courses et d’aller ensuite boire un coup au centre ville. Me voilà donc parti, beau comme un astre sur mon fidèle destrier, un peu comme Bellérophon sur Pégase mais en plus gros et en moins grec. Mais que vaut la superbe face à un engorgement du trafic urbain ? Pas grand-chose, ma brave dame ! Là, le fier cavalier des steppes, le preux chevalier, le cow-boy de Brokeback Mountain (mais en plus gros et en moins gay), ils peuvent toujours faire les cakes coincés entre la camionnette de Dédé le roi du débouche chiottes et la Twingo de Ginette la secrétaire habillée par la Redoute et coiffée par Jean-Louis David ( bonne quand même !). Bon ! au bout d’un moment, Tonnerre Mécanique et moi on commence à se faire un tantinet chier, donc on décide de feinter tout le monde et de passer par les petites ruelles pour arriver enfin sur la place Gambetta où je vais pouvoir finalement déguster un verre et mater, avec la sérénité du vieux sage, les petits culs qui passent. Après une série de rues étroites et sinueuses, je débouche sur le cours de l’Intendance, vaste rue d’une trentaine de mètres de large où passent deux lignes de tram. Je tourne à gauche sur le cours en faisant fi de l’insignifiant panneau suivant :

D’aucun diront qu’avec l’âge ma vue baisse ou que mes neurones commencent à se transformer en pâte à tartiner ou encore que j’ai un sens civique digne d’un millionnaire réfugié en Suisse. Pour ma pitoyable défense je n’ai qu’à arguer la faible vitesse de mon allure (moins de 30 km/h) et le fait que cette rue a deux sens de circulation pour le tram dont une seule est ouverte à la circulation automobile. En bref que ma conduite, quoique complètement illégale, n’avait rien de dangereuse. Pour que vous ayez un aperçu de la situation voici une photographie de l’endroit :

Pour tous ceux qui trouvent que je commence à être un brin longuet qu’ils se rassurent j’en arrive au cœur de mon propos.
Je n’ai pas fait plus de 40 mètres que sortant de l’ombre où ils s’étaient cachés apparaissent, tels les puants hommes des sables de Star Wars, une petite troupe de Schmits, de Pinots, de cognes, de condés, en bref la fine fleur de la maison poulaga. Avez-vous remarqué la propension qu’ont les argousins à se fondre dans le paysage. Un peu comme si on croisait l’inspecteur Derrick avec un caméléon. Dans le temps lorsqu’ils portaient un bon vieux képi et une vareuse, leur silhouette mi Général De Gaule mi gardien de square nous aidait à les repérer de loin. Aujourd’hui avec leur horrible blouson et leur affreuse casquette, on les confond trop facilement avec les agents SNCF ou même, comble de l’ironie, avec de jeunes consommateurs de hip hop et de substances. Où sont donc nos Longtarin et autres agents 212 ?


Bref, revenons sur le cours de l’Intendance. L’un des pandores, à première vue une femme, traverse d’un pas lent la voie (faut dire que j’arrivais pas comme une fusée) et d’un geste fatigué par la routine me fait signe de m’arrêter. J’obtempère. Là, mon instinct de grand fauve me dit que la chance m’a définitivement abandonné. Me faire chopper en plein sens interdit c’était déjà pas de veine mais si les Dieux avaient été un peu conciliants j’aurais été interpellé par ce type d’agent :

Alors qu’avec leur humour à la con les Dieux m’avaient réservé ça (ou quelque chose d’approchant) :

Premiers contacts pour une rencontre du 3ème type :
« -B’jour M’sieur, vous roulez en sens interdit. »
-J’en ai bien l’impression…
-Les papiers du véhicule, s’il vous plait… Si vous payez dans les trois jours, l’amande sera d’un montant de 90 €, après ce délais elle passe à 135 €.
J’acquiesce d’un hochement de tête et ce simple geste me fait prendre conscience que je n’ai pas eu besoin d’invoquer l’intervention de tous les stoïciens du passé pour conserver mon calme. Serai-je devenu un sage ? …
-Et ça fera aussi 4 points
Splatch ! mon stoïcisme s’écrase comme un vieux flanc.
QQQooOOAaaaAAArrghhh!!!!... Ce qui en langage intelligible peut se traduire par : Quoi !
C’est pas évident de vous faire entendre l’intensité et la détresse de ce cri. Imaginez un mélange de haka néo-zélandais pour la violence, de hurlement de loup pour la lancinance, de scie circulaire pour la stridence, et du râle de l’agonisant pour le déchirement et vous aurez une approximation de la plainte qui s’échappa du fond de mon être. Après un bref instant utilisé à pratiquer une méthode d’hyperventilation sensée me faire recouvrir toute ma sérénité, j’ose cette question.
-Ôtez-moi d’un doute, le retrait de points ça a été inventé pour sanctionner les conduites dangereuses ? Est-ce que vous pensez vraiment que ma conduite était dangereuse ?
-Vous étiez en sens interdit.
-Je sais... Mais je ne roulais pas comme un gaga et en plus cette rue a deux voies de circulation puisque le tram la remonte. Aucune voiture ne pouvait venir sur cette voie.
-Vous étiez en sens interdit.
-Je dis pas le contraire ! Mais 4 points pour avoir pris la voie du tram c’est un peu sévère, non ?
-Vous étiez en sens interdit.
-Si je téléphone au volant d’une voiture ou que je tourne sans clignotant, je perds combien de points ?
- 2 et 3
Heureusement qu’elle n’a pas répondu une fois de plus «Vous étiez en sens interdit.» sinon j’aurai probablement passé la nuit au poste.
-A chaque fois que je prends ma moto, je manque de me faire couper en deux par des gus qui téléphonent ou qui ne mettent pas leur clignotant, et eux ils ont droit qu’à 2 ou 3 points ! Et si je picole, je prends combien ?
-6 points.
-Et bien ! La prochaine fois je picolerai au moins je perdrai des points pour une bonne raison et puis je prendrai un peu de bon temps.
-Vous étiez en sens interdit.
Mon royaume pour un calibre 12, pensai-je dans un premier temps puis je me contentai de dire :
-D’accord ! Et donc c’est mal… aussi mal que de déboîter sans prévenir ou de brûler un feu ou de rouler bourré ? Et aussi mal que de braquer une petite vieille ou que de vendre de l’héro à la sortie des écoles ???? Que de coucher avec Oussama Ben Laden alors ???
-Vous étiez en sens interdit.
Tant d’intelligence dogmatique me donne l’impression de discuter avec Georges Bush bloqué sur son mantra favori « il faut combattre l’axe du mal ». Et soudain j’ai cette révélation :

Je me retrouve coincé dans une guerre manichéenne de civilisations. Et là j’ai peur ! Et si tout ça faisait partie d’un vaste complot mondial pour le compte de je ne sais quelles organisations internationales qui s’affrontent dans le but de contrôler la planète, la galaxie, l’univers et sa proche banlieue ? L’un de ces futurs maîtres du monde - le tout petit, tout nerveux, tout tape-à-l’oeil avec la Rolex et le mannequin - aurait trouvé cette idée géniale d’obliger les forces de l’ordre de son pays, sans doute pour financer un de ses plans pervers et machiavéliques, à soutirer le plus d’argent possible sous couvert de prévention à des usagers sans défense. Les pauvres policiers obligés de remplir des quotas et donc de guetter l’infraction là où elle est évidente, courante et pas trop difficile à réprimer au lieu de traquer les chauffards alcooliques et dangereux dans les endroits où leurs comportements représentent de réelles menaces. Soudain je réalise que j’ai en face de moi la victime inconsciente qu’un despote a réduite à la simple fonction de machine à sous. Je tente de lui exprimer mon regret de la voir dans cet état. Je lui dis :
- ça vous énerve pas trop de remplir des quotas et de servir à rien ? Parce que si ça vous tente je peux vous indiquer près de chez moi quelques sens interdits que les automobilistes remontent en marche arrière et à fond de train sans savoir si au bout de la rue un véhicule s’engage… là au moins vous servirez. Mais bon ! vous ferez pas 10 pv à l’heure.
Elle a pas vraiment eu l’air intéressée, elle m’a même jeté un regard noir comme l’enfer et elle m’a dit :
-Vous étiez en sens interdit !
Ensuite elle m’a donné mon Pv et m’a rendu mon permis et elle est partie… vers deux autres deux roues qui, comme moi, avaient eu l’inconvenance, la perversité et la fourberie d’avoir souillé la sacro sainte voie du tram qui pour les siècles des siècles, la divinité et l’équilibre de l’univers est et restera, dans la pureté d’une gloire absolue, un sens interdit, amen!
Voilà mon 4 janvier 2008 qui inaugurait mon retour à Bordeaux et entamait prématurément les espoirs que j’aurais pu mettre dans cette nouvelle année.
A part ça, ça va !
Je vous embrasse tous
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