Bafouille from nowhere

21 avril 2017

21 avril 2017 : la politique des pires

Depuis trop longtemps, je lis sur les réseaux sociaux des monceaux de conneries et j’ai de plus en plus de mal à le supporter.
Ces textes, souvent bien écrits, appellent au réveil de notre conscience politique et sociale. La plupart du temps, on ne peut, dans un premier temps, qu’être d’accord avec le fond du propos. Mais comme souvent l’arbre de la raison cache la forêt de la bêtise.
Alors oui ! Le personnel politique « traditionnel » (c’est-à-dire celui des grands partis) est une caste technocratique et suffisante qui pense que l’activité politique est une activité professionnelle. Comme tout travail mérite salaire et que personne n’aime être payé des clopinettes, les hommes politiques ont organisé le système pour qu’il devienne un bon employeur (pour eux, pour leurs amis, leurs familles et leurs chats ou leurs chiens s’ils le pouvaient). Cette vision intéressée et dévoyée de la vie politique est très éloignée de l’idéal antique de la démocratie et me dégoûte profondément. Dans ce monde-là il n’y a pas vraiment d’idéal ou d’idées politiques, il y a un jeu d’intérêts privés ou partisans qui subordonne les décisions qui touchent l’ensemble de la population. Le seul dogme est « que tout le monde reste à sa place et les affaires tourneront ».
Tournons-nous maintenant vers les extrêmes (c’est ce que les textes dont je parle préconisent dans leur ensemble). Des deux cotés, le discours antisystème, anti-establishment (le vocable dépend de l’extrême que l’on a choisi) est en grande partie le même et, sauf à quelques exceptions près, les représentants de ces mouvances sont sincèrement convaincus de leur validité. La sincérité a ici remplacé le cynisme et l’opportunisme. Alors, me direz-vous, quel est le problème ? Le seul petit problème c’est que ces discours sont des idéologies et donc qu’elles sont reconnues comme des vérités révélées qui ne supportent aucune contradiction. Ces hommes politiques sont dogmatiques qui ne voient le monde qu’à travers leurs lunettes idéologiques et leur vision exclue toute autre explication du monde. Plus grave encore, lorsque des faits avérés contredisent leur vision du monde alors les faits sont fatalement faux et donc disqualifiés. Ces gens n’ont pas une pensée politique mais ils ont une pensée religieuse. Bien sûr, on aimerait un monde plus fraternel et juste ou un monde plus sûr et respectueux mais pas au prix où ces gens-là sont prêts à le payer.
Les partisans du FN disent parfois des vérités mais ils n’en demeurent pas moins des fascistes racistes et intolérants. Les partisans de Mélenchon deviennent à leur insu des islamo-gauchistes par peur de devenir raciste et par idéologie multiculturaliste jusqu’au-boutiste et naïve. Les uns aboutiront à une dictature par haine, les autres par amour. J’ai quand même plus de sympathie pour ceux qui font cela par amour de l’humanité mais il n’en reste pas moins qu’ils sont un danger.
Moi, je n’ai pas de solution, mais il me semble qu’avant de vouloir changer la société, il serait peut-être judicieux de changer notre démocratie, de voir ses limites, ses défauts, de définir ses objectifs.
Bon, je retourne cultiver mon jardin mental.

Posté par bafouille à 13:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]


10 avril 2017

10 avril 2017 : La machine à fabriquer des dieux

J’aime beaucoup la phrase de Bergson : « L’univers est une machine à fabriquer des dieux ». Bergson est un philosophe que je ne connais pas (enfin comme tout le monde, je sais qu’il a un jour pondu un truc sur le rire). Donc cette phrase je ne sais absolument pas ce qu’elle veut dire dans le contexte de l’œuvre où elle se trouve. Mais quand j’y réfléchis j’ai l’impression qu’on peut y trouver au moins deux sens.

Le premier sens serait feuerbachien (je ne sais pas si ça existe comme terme). L’idée principale de Feuerbach est que ce n’est pas Dieu qui a fait l’homme à son image mais que les hommes ont fait les dieux à leur image. Ils ont pris les qualités et les pouvoirs humains concrets et les ont portés à une grandeur inconnue de l’homme et totalement abstraite, l’infini (Marx parlerai d’une dialectique qui marche sur la tête). La phrase de Bergson voudrait dire que l’étape ultime de la matière, le produit final de la machine-univers produit à son tour l’idée de Dieu, ce qui fait de Dieu le dernier produit de cette grande machine.

L’autre sens serait plus littéral : le but de l’univers est de produire la vie et dans un développement futur les créatures les plus abouties seront des dieux. On peut imaginer que l’évolution qu’elle soit darwinienne ou plus certainement technologique et génétique fera des hommes des êtres dotés de pouvoir divins (peut-être même l’immortalité).

A bien y réfléchir, je vois peut-être une troisième explication : la conscience de soi. Qui sommes-nous ? Nous sommes des atomes créés dès le début de l’univers. Ces atomes se sont combinés des milliards de fois avec d’autres pour former des structures de plus en plus complexes. Et dans certaines conditions, ici dans notre coin de galaxie (mais peut-être dans d’autres coins d’autres galaxies), est apparu la vie. Elle aussi s’est complexifiée et avec elle s’est complexifiée la pensée. Elle est passée de simple reflexe à l’instinct puis à la conscience et enfin à la conscience de soi. Avec l’homme, le processus arrive à son aboutissement, après avoir pris conscience de lui-même, l’homme s’interroge sur l’univers. L’homme, fragment matériel de cet univers cherche à comprendre le tout dont il fait partie. L’univers s’interroge sur lui-même. L’homme est le développement final de l’univers qui cherche à perdre conscience de lui-même. Nous sommes les organes réflexifs d’un univers-Dieu. Nous sommes le « connait-toi toi-même » de Dieu.

Posté par bafouille à 23:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 mars 2017

30 mars 2017 : Platon, quel bel enfoiré !

Ce soir, j’ai un peu envie de m’en prendre à Platon. Je ne l’aime pas beaucoup ce Platon. Pour moi, Platon c’est le prototype du fayot, toujours au premier rang, qui se retourne pour faire « shuuuuttt » à ceux qui bavardent derrière lui, qui prend en notes le moindre son qui sort de la bouche de Socrate même si c’est un petit rototo ou un raclement de gorge. Toujours prêt à opiner du bonnet à la moindre affirmation du maître, toujours prêt à dénoncer ceux qui philosophent de travers et toujours prêt à cirer les bonnes sandales. Bref, Platon c’est un gros lèche-cul ! (Mais le jour de la mort de Socrate, ben, le Platon s’était fait porter malade !)

Et puis, alors qu’une certaine philosophie commençait à œuvrer pour se confronter à la réalité des choses par l’étude de la nature avec comme outil la rationalité, notre brave Platon, lui veut qu’elle se confronte à un monde imaginaire (l’immobilité éternelle des idées transcendantes…quelle blague !). Alors que la philosophie prenait le chemin de la science, Platon la place sur le chemin de la religion. Ce qui va nous valoir des siècles de confrontations entre les tenants de la réalité et les tenants des idées imaginaires… un beau bordel !

Mais surtout, ce beau parleur de Platon a énoncé deux idées qui ont bien pourri les rapports humains et surtout amoureux dans notre monde occidental : l’âme sœur et l’identité du beau et du bien.
Pour l’âme sœur l’idée de départ est si absurde qu’elle en devient baroque. A l’origine, les être humain avaient quatre bras, quatre jambes, une tête à deux visages (pour aller faire ses courses, j’hésite entre « c’est super bien pour porter les sacs » et « ça doit être l’enfer si un des deux visage veut aller au rayon laitage et que l’autre veut aller au rayon charcuterie »). Puis les dieux, pensant que ce mille-pattes humain pouvait leur poser des problèmes, décidèrent de le couper en deux et de condamner chaque moitié à chercher son autre moitié. A une époque, où certain parlaient déjà d’atomes, Platon me semble enclin à gober n’importe quoi ! Cette idée me déplait parce qu’elle semble romantique aux gens mais qu’en fait elle ne l’est absolument pas. C’est une idée qui a inculqué aux esprits (notamment ceux des femmes) qu’on ne peut être un être à part entière seul. Que l’on ne peut se réaliser, vivre une vie épanouie et pleine que si on est réuni avec sa moitié. Les féministes auraient du brûler cette idée avec leurs soutien-gorge. Plus encore, ce mythe incite, même inconsciemment, à penser que la fusion rétablira une pureté et un bonheur originel. La fusion est mortifère dans un couple alors que l’harmonie des différences et des oppositions me semble bien préférable.
La deuxième idée est encore pire. L’identité du beau et du bien est une idée typiquement grecque. Ce qui est beau est moralement bien. Pourquoi pensent-vous qu’ils se soient tellement emmerder à fréquenter les gymnases si ce n’est pour que leur corps reflète la beauté de leur âme. Platon n’a pas inventé le concept mais il atteint son apogée avec lui. Cette idée est insidieuse parce qu’elle est ancrée en nous depuis tant de siècles qu’elle s’impose sans que nous en ayons conscience. Un jour à un conseil de classe j’ai dit, en parlant d’une élève, que j’avais été surpris par sa sournoiserie à cause de la première impression qu’avait fait sur moi son visage angélique. Voilà c’est exactement ça, nous prêtons aux gens beaux des qualités que la beauté n’a jamais garanties. On a beau parler de beauté intérieure, d’insensibilité aux apparences, de charme, il n’en demeure pas moins que nous avons tous attribué des qualités morales et intellectuelles imaginaires à des gens qui étaient seulement beaux (et ensuite avons essayé de trouver ces qualités et bien souvent fait semblant de nous convainque de les avoir trouvées).

Socrate était laid, il avait une tête de silène d’après ses contemporains, Platon était beau… l’enfoiré !

Posté par bafouille à 00:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 mars 2017

28 mars 2017 : Apollon et Daphné

Ce matin dans la voiture je suis tombé sur l’excellente émission « les chemins de la philosophie » et le thème du jour était les Métamorphoses d’Ovide. J’ai passé un excellent moment et j’ai entendu l’histoire d’Apollon et de Daphné. En deux mots : Apollon est amoureux de Daphné. Mais cette dernière le repousse. Après avoir tout essayé pour la faire craquer, il décide de se servir de violence (les dieux antiques ne faisaient pas toujours dans la finesse). Elle s’enfuit, il la poursuit. Se voyant sur le point d’être vaincue, elle en appelle à Jupiter pour qu’il la délivre. Ce dernier, pour qu’elle échappe à Apollon, la métamorphose en laurier.
Deux petites remarques :
Jupiter ne s’est pas trop creusé les méninges pour aider Daphné. Il aurait pu la faire disparaître, la rendre invisible, paralyser Apollon… mais non, il la transforme en arbre. La fille est désespérée, elle a peur que son intégrité physique soit mise à mal par un dieu un peu excité, et l’autre, le grand patron, ne trouve rien de mieux que de la changer en laurier. Comme atteinte à l’intégrité physique, je me demande laquelle est la pire.
Apollon est le dieu de la guérison, et il n’a pas pu se guérir de son penchant pour Daphné. Apollon est le dieu de la beauté, et Daphné l’a regardé avec à peu près autant d’intérêt que celle que l’on porte à un poison mort. Apollon est le patron des Muses, et celle de l’éloquence n’a pas réussi à faire qu’il convainque par le langage la petite Daphné. Apollon est doué du don de la divination (c’est lui qui parle à l’oreille de la Pythie), et il a été incapable de voir les conséquences de sa passion. Bref, savoir qu’un dieu avec de tels pouvoirs peut se prendre un tel râteau dans la tronche, et bien, moi, ça me réconforte ! En fait, pas tant que ça, parce que je me dis aussi que si un dieu avec de tels pouvoirs peut se prendre un tel râteau dans la tronche, alors, pour tous les laborieux comme moi, la vie n'est pas simple !

Posté par bafouille à 22:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 mars 2017

25 et 26 mars : Matière noire

25/03

Je viens d'apprendre que la matière noire représente 90% de l'univers, une matière inconnue, invisible et non constituée d'atomes mais qui a une masse. On ne peut ni la voir, ni la détecter, on peut voir seulement l'effet de sa masse sur la déformation de l'espace temps. En fait, l'univers visible n'est qu'une petite partie de l'univers donc l'univers n'est pas du tout ce que nous voyons. Et dire qu'il y a des milliards de gens qui pensent qu'après notre mort nous irons dans un monde où il y aura des légions d'êtres ailés, des rivières de miel et de lait, des gus qui jouent de la harpe et même des vierges.... Mouais... Si Dieu a créé un univers physique avec presque rien d'autre qu'une matière inconnaissable et Invisible, il se serait un peu creuser le choux pour nous bricoler un paradis à base de trucs un peu plus délirants et surprenants que ce paradis à base de poulets géants joueurs de harpe, d'abondance de bouffe et de bombasses toutes neuves

26/03

Je voudrais préciser ma pensée à propos du texte sur la composition de l’univers que j’ai posté samedi soir (putain, je n’ai rien d’autre à faire le samedi soir !). Depuis 2 heures je cherche un texte de Michel Serre que j’ai lu il y a déjà un moment (putain, je n’ai rien d’autre à faire le dimanche soir !) et bien sûr impossible de remettre la main sur le bouquin, donc je vais essayer de faire ça de mémoire. Si je me souviens bien, il disait en substance que la compréhension physique de l’apparition d’un arc-en-ciel, ne lui enlevait pas toute la poésie dont il est porteur. La compréhension des phénomènes physiques ne désenchante pas le monde au contraire, elle amène de la richesse au monde. Et loin de le rendre plus simple, voir simpliste, elle le complexifie et chaque nouvelle réponse scientifique amène de nouvelles questions.
Pour ma part, je pense que la science est même parfois plus poétique que la poésie elle-même. En tout cas, la science est souvent bien plus magique que la pensée magique elle-même. Une chose est sûre, la cosmogonie et la cosmologie scientifique sont bien plus prodigieuses que celle proposées par les religions. Les Dieux (multiples ou solitaires) créateurs en tout ou partie de l’univers font bien pâle figure devant les théories parfois folles de la relativité, de la mécanique quantique, du multivers… Même si les religions ont souvent eu des fulgurances intuitives quant à la création de l’univers (chez les Grecs, par exemple Chonos et Chaos sont les premiers principes comme dans notre modèle moderne le temps et l’espace sont primordiaux et liés) il n’en demeure pas moins que leurs récits de la création de l’univers sont anthropomorphiques. Depuis Feuerbach, on peut se permettre de penser que l’homme a créé Dieu à son image. Les récits de création de l’univers suivent le même chemin. Il y a toujours un gus plein de super pouvoir qui décide (parce que, sans doute il s’emmerde comme un rat mort) de créer la matière, les étoiles, la lumière… et hop ! on claque des doigts et la terre apparaît et hop ! on fait sortir l’homme de son chapeau ! Bref, un David Coperfield qui assure grave !
Les cosmogonies scientifiques sont beaucoup plus délirantes, incroyables, incompréhensibles, en un mot magiques. Si les gens prenaient la peine de se renseigner sur les théories qui expliquent l’univers et les phénomènes comme le vivant, ils verraient que cette science, qu’ils pensent si aride, si sèche, est au contraire d’une incroyable poésie. Ils comprendraient enfin que les mythes antiques, premières tentatives d’explications scientifiques du monde, doivent être étudiés et connus pour ce qu’ils sont, des récits mythiques qui recèlent une symbolique qui souvent peut résonner avec la réalité.

Posté par bafouille à 00:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]


24 mars 2017 : Je doute donc je suis !

Dans l'histoire de la pensée, il me semble que le doute est plus fondateur que la certitude.
Être doctrinaire, c’est être certain de la vérité de sa pensée (politique, philosophique ou religieuse). C’est l’élever au rang de dogme et être dogmatique c’est avoir une pensée rigide, arc-boutée et figée. C’est avoir une pensée de citadelle, solide et inexpugnable mais immobile et soumise à l’érosion du temps.
Être septique, c’est ne rien tenir pour certain. C’est donc accepter d’avoir une pensée fluctuante, souple et évolutive. C’est avoir une pensée de vent, insaisissable, libre et incoercible.
Paradoxalement c’est sur cette pensée aussi ténue que l’air que l’on bâtit des grands hommes et des nations généreuses. Le pesant dogme ne produit que des êtres étriqués et des nations aigries. La certitude nous plonge dans les ténèbres, le doute nous en libère.

Posté par bafouille à 00:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 mars 2017 : Partage ou péris !

Sans vouloir faire mon ronchon de service (c’est tellement pas mon style !), il y a un truc qui m’agace un petit peu sur Facebook. C’est le « Partage si tu… ». Si tu trouves que l’eau ça mouille… Si tu penses que le mal c’est pas bien… Si tu crois qu’il est préférable de recevoir des bisous que des coups de marteau… alors partage !
D’aucuns diront que je m’énerve pour pas grand-chose. A ceux-là je veux dire que ça m’énerve de l’admettre mais ils ont sans doute raison ! Cependant j’ai un peu réfléchi et j’ai compris les raisons de mon agacement.
Tout d’abord, il y a l’évidence de l’affirmation. Bien sûr que les animaux maltraités c’est ignoble, que les enfants battus c’est insupportable, que le cancer c’est une saloperie, que la famine ça ne devrait pas exister… Je vois mal quelqu’un poster sur Facebook un message expliquant que faire du mal à un être vivant c’est un passe-temps tout à fait délassant, que le cancer est une maladie rigolote et que la famine c’est bien fait pour les pauvres !
Ensuite, l’obligation de faire. L’alternative est la suivante soit tu partages pour montrer ta solidarité, soit tu ne partages pas et alors tu fais partie des enfoirés qui sans doute, après leur mort, auront, en enfer, une place de choix, juste entre Adolphe Hitler et Jack l’éventreur.
Jusque là, rien de bien méchant me direz-vous. Pas si sûr ! Cette pratique nous habitue à trois choses qui sont perverses et dangereuses. La première, c’est la prise de position manichéenne : pour ou contre, pas de nuances, pas de positions intermédiaires et donc pas de possibilité de médiations ou de compromis entre deux positions diamétralement opposées. La deuxième, c’est la prise de décision immédiate : nous sommes sommés de prendre position dans l’instant, sans réflexion, sans perspective. La troisième, la prise de décision irrationnelle : nous devons déterminer notre position sur une image ou un slogan, sans débat contradictoire, sans argumentaire. La seule voix que l’on nous pousse à écouter est celle de notre cœur. Le cœur c’est un moteur formidable pour passer à l’action mais la raison est le moteur qui détermine cette action. L’action humaine ne peut être sûre, efficace et juste que si elle prend son impulsion dans ces deux moteurs.
Alors, j’ai bien conscience que mon propos peut paraître exagéré lorsqu’il s’agit de partager la photo d’un enfant malade ou celle d’un chien abandonné sur l’autoroute. Ce que je dénonce se sont les réflexes que nous prenons sur les réseaux sociaux et sur intenet en général et que finalement nous appliquerons et, surtout, que les prochaines générations appliqueront dans l’ensemble de la vie et surtout de la vie politique. Pas de réflexion, que de l'émotion…
Aujourd’hui certaines personnes, souvent bien intentionnées partagent des images et des slogans qui sont purement et simplement de la désinformation destinée à infléchir l’opinion générale. Dans l’affaire d’Alep, dans la crise israélo-palestinienne, pour ne citer que ces deux cas, l’appel à notre humanité par le biais de photos d’enfant blessés (photos souvent fausses, ou prises dans des lieux et à des périodes ne correspondant pas aux conflits qu’elles sont sensées illustrer) poussent des gens plein de bonne volonté et de compassion à prendre fait et cause pour des organisations radiales et terroristes comme le Hamas. N’oubliez jamais que la première approche des groupes radicaux auprès de notre jeunesse est toujours la souffrance qu’inflige le monde occidental aux musulmans du monde entier.
« Suspends ton jugement » et « Que sais-je », ce sont les deux des maximes que Montaigne avait fait graver sur les poutres de sa bibliothèque. Je pense que qu’elles nous sont nécessaires et suffisantes pour prendre position sur les problèmes qui nous frappent mais pour pouvoir les appliquer il nous faut renoncer à l’indignation instantanée pour emprunter la voie d’une réflexion humaniste.

Posté par bafouille à 00:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 mars 2017 : Un geste quelconque

Certaines grâces sont inaccessibles aux mots... (En tout cas, aux miens)
Bien sûr, je parle des femmes. On peut trouver une femme belle, intelligente, attirante, mais on en devient fou à cause d’une manière bien à elle. Une façon d’être, inaperçue des autres, mais qui vous bouleverse et vous rend fanatique. Un simple geste, une simple attitude, peut-être, lorsqu’elle rajuste une mèche de cheveux ou bascule délicatement la tête quand elle rit ou le léger énervement qu’elle affiche quand elle ne trouve pas un objet dans son sac… Un geste trivial dans lequel se concentre tout son être. Une façon de faire « de la grâce avec rien. De faire tenir tout le divin en un geste quelconque ». Je ne sais pas si les femmes ressentent la même chose pour les hommes. Trouvent-elles émouvant le noble geste du décapsulage de canettes devant un match de foot ? Fondent-elles devant l’attitude héroïque du mâle qui persiste à planter un clou après trois tentatives sur les doigts et deux cratères dans le mur ? Sont-elles toute chose à la vue de l’homme, redevenu subitement primitif et grognant, essayant désespérément d’allumer un feu pour le barbecue dominical ? Bah ! J’ai bien peur que non ! (et je les comprends).
Ce qui est valable pour les femmes l’est également pour les œuvres d’art. On peut trouver sublime une œuvre uniquement grâce à un détail. Par exemple, dans le « Judith et Holopherne » du Caravage (dont le sujet est la décapitation de ce brave Holopherne par cette fourbe de Judith… un truc de poète quoi !) je suis raide dingue des rides sur le front de Judith, les deux rides du lion et une légère juste au dessus du sourcil. Dans « Have a cigare » de Pink Floyd, je suis fou amoureux d’une note (celle à 3mn50) c’est une note toute à fait banale mais pour moi c’est la plus importante. On peut trouver une phrase dans un roman, une tirade dans une pièce, une courbe dans une sculpture qui subliment et justifient toute l’œuvre. Alors on peut parler de cette grâce, on peut dire qu’elle existe (pour moi en tout cas). Mais dire en quoi ce détail, cette note, ce coup de pinceau, ce simple geste font «tenir tout le divin », cela me semble au-delà des mots. C’est pourquoi nous avons inventé l’expression un « je-ne-sais-quoi » pour décrire cet indescriptible.

L’image contient peut-être : 1 personne, gros plan

Posté par bafouille à 00:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 mars 2017 : Merci Kate

A Marmande, écouter la radio c'est un peu compliqué. On capte peu de stations et, bien sûr, pas les meilleures. Tout ça pour dire que le matin dans la salle de bain, je suis un peu condamné à écouter Nostalgie. Cela dit, le choix n'a pas été cornélien. Entre risquer, sur NRJ, de saigner des oreilles en tombant sur du Jul (ou sur Skyrock, en écoutant par mégarde un morceau de Booba, qui lui, peut également, si on l'énerve un peu, vous faire saigner du nez) ou de faire une légère grimace en écoutant Julie Piétrie, le choix est vite fait ! Cependant, de temps en temps, un programmateur de Nostalgie (celui qui a des tympans fait avec autre chose que de la peau de saucisson) nous donne à écouter une petite merveille (Led Zep, Queen, Hendrix, le Floyd...) . Ce matin j'ai eu droit au morceau qui m'a donné mon premier orgasme musical. Je me souviens de ce moment avec une précision qui m'étonne moi-même. J'ai 12 ans ou pas loin et je suis avec ma mère dans le supermarché du quartier dont c'est le premier jour d’ouverture. On arrive aux caisses lorsque j'entends cette voix étrange, sensuelle et enfantine et là, je bloque, ma tête explose et plus rien n'a d'existence hormis cette voix ! Je suis doucement sorti de cette extase à la fin du morceau, juste au moment où la caissière offrait un cadeau de bienvenue à ma mère (des ciseaux avec un manche peint en noir). Je pense que l'écoute de Wuthering Heights de Kate Bush a, d'une façon ou d'une autre, influencé mes préférences musicales pour le reste de ma vie. Je me dis que j'ai eu de la chance de grandir dans une époque où il y avait une telle richesse et une telle inventivité musicale. Je me demande ce que les gosses qui ont eu leur première émotion sonore sur Maître Gims vont devenir ?

Posté par bafouille à 00:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]

6 mars 2017 : Etre essentiel !

Notre temps est compté. Passons le avec des gens essentiels !

Et la vraie question est : est-on soi-même essentiel ? A-t-on une vraie substance qui nous rend essentiel ? Nous devrions tous nous poser cette question.

Se demander si l’on est essentiel, ce n’est pas se demander si l’on est important pour quelqu’un. Mais c’est se demander si l’on porte en soi une essence remarquable. Alors, bien sûr, cette essence peut vous rendre important aux yeux d’un autre. Mais l’inverse n’est pas vrai car on peut très bien être important pour quelqu’un parce qu’on est dans un rapport de soumission, de domination, d’intérêt ou d’habitude.
Lorsque j’étais à la Bibliothèque Nationale, j’ai côtoyé des gens remarquables. Une magnifique jeune femme qui tapait directement sur son ordinateur la traduction française des Décrétales de Gratien sans quitter des yeux le texte en latin. Le Prince Bonbon (il offrait des bonbons à toutes les femmes qu’il croisait), ce vieux chilien torturé sous Pinochet qui à la question « comment allez-vous ? » invariablement répondait : « Il faut que ça aille, sinon ils vous tuent ». Des dandys du savoir à la nonchalance calculée. Des laborieux inquiets aux regards de bête prise au piège. Des génies silencieux et fous. Des lumineux dilettantes abonnés à de perpétuelles vacances…
Bref, tout ça pour dire que j’ai rencontré dans gens hors du commun. Mais un seul m’a fait une impression ineffaçable. Il s’agit d’un philosophe allemand qui s’appelait Uwe. Je ne me souviens plus à quoi il ressemblait, je ne me souviens que de l’impression que l’on avait en sa présence. On ressentait une grande chaleur humaine, une humilité non feinte, un profond intérêt pour les autres et une intelligence abyssale. Lorsque deux chercheurs se rencontrent, la première question qu’ils se posent est : « sur quoi tu travailles en ce moment ? ». Et c’est l’occasion de penser à haute voix à un problème qui vous bloque depuis un moment. Lorsqu’Uwe vous posait la question, il écoutait attentivement votre réponse en forme d’interrogation puis vous posait une question, ou vous donnait un conseil ou vous faisait une remarque et à chaque fois il mettait le doigt sur le nœud gordien de votre problème et à chaque fois la solution vous apparaissait dans toute sa splendeur. Et si on le remerciait, il repoussait et retournait modestement le remerciement en disant que c’était lui qui avait appris beaucoup. Un accoucheur de l’esprit, un Socrate teuton voilà ce qu’était Uwe. Mais je ne veux pas donner l’impression qu’il n’était qu’une intelligence supérieure, cela allait au-delà de l’intelligence, il était d’une humanité supérieure. Ce gars là avait une essence remarquable. Le jour où j’ai appris sa mort, j’ai été triste mais je me suis senti chanceux de l’avoir croisé sur mon chemin.
Je ne pense pas qu’Il faut être exceptionnel pour être remarquable mais lorsque je dis que l’on doit se poser la question de son essence, je veux simplement dire que l’on doit s’interroger sur nos qualités et nos vertus, pas pour un indécent concert d’autosatisfaction mais dans le but de se rendre meilleur, de se rendre digne de la compagnie des autres êtres humains. S’il nous était impossible de devenir meilleurs alors les concepts de rédemption et de rachat seraient vides de sens.
Personnellement j’essaye d’être de moins en moins con… je ne suis pas sûr de toujours y arriver mais j’y travaille et j’espère être digne des gens qui me côtoient. Et inversement, j’ai décidé d’arrêter de perdre mon temps avec des personnes qui n’ont pas à mes yeux une humanité essentielle ou, et c’est finalement la même chose, ne veulent pas partager cette humanité.

Posté par bafouille à 00:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]